Adishatz, Bonjour,

Il y a peu, la présidence et les différents conseils de l’Université Bordeaux 3, au cœur des discussions touchant aux maquettes des cursus universitaires pour les 5 ans à venir, émirent l’idée de supprimer un certain nombre de formations, jugées non rentables, parmi lesquelles la préparation au CAPES de Lettres Classiques et celle d’Occitan. Cette menace ne peut décemment laisser le Mouvement des Etudiants D’Occitan indifférent.

Med'Òc2Que cette idée prenne corps ou non cette année nous importe peu. Nous savons, depuis l’annonce par le gouvernement de réformes modifiant en profondeur les universités, que les cursus à faible effectif doivent disparaître, pour laisser la place à des filières plus « rentables » économiquement. Or, nous le vivons chaque jour, le cursus d’occitan n’est effectivement pas le plus fréquenté de la faculté.

Mais l’occitan ce n’est pas seulement une poignée d’étudiants sur les bancs d’une fac, c’est une langue, celle d’un territoire (tout le Sud de la France et des enclaves en Espagne et en Italie), et une langue menacée d’extinction. C’est une culture, la même de Turin à Bordeaux et de Clermont à Perpignan, et une culture en passe d’être oubliée. Pour ces raisons, l’occitan dispose d’une reconnaissance par l’UNESCO et l’Europe, d’un statut de langue officielle en Catalogne, et d’un plan d’action du Conseil Régional et de bon nombre de collectivités locales. Qu’importe, aujourd’hui la présidence d’une faculté qui n’a jamais aussi mal porté son nom -le sieur Michel de Montaigne ayant parlé le latin et le gascon avant le français- peut, à sa guise, balayer 1000 ans de civilisation, d’histoire et de littérature d’un revers de main. Car, qu’on ne s’y trompe pas, supprimer le CAPES, c’est bien supprimer les professeurs d’occitan, supprimer les professeurs d’occitan c’est ne pas offrir à des lycéens, des collégiens ou des primaires la possibilité de se voir transmettre une langue. Ne pas transmettre une langue, c’est la tuer.

Nous ne nous faisons pas d’illusions : si demain il n’est plus possible de préparer le CAPES d’occitan à Bordeaux, après-demain on pourra sans faire trop de vagues supprimer également la licence d’occitan, qui destine justement les étudiants à l’enseignement. Sans compter que Bordeaux est aujourd’hui la seule ville à préparer à l’enseignement de l’occitan dans sa variante gasconne.

Au rang des arguments avancés pour justifier la suppression de cette préparation, on trouve l’éternel facteur économique. Evidemment, un cursus d’occitan n’est pas rentable. De notre point de vue il n’a pas à l’être, de même qu’aucun des enseignements prodigués dans le cadre de l’Education Nationale. Mais admettons. Pourquoi alors annoncer dans le même temps la création de 4 nouvelles licences, à savoir « Culture humaniste et scientifique », « Licence Danse », « Licence Design », et « Licence Chansons d’expression française », dont le coût d’une seule dépasserait allègrement celui de toutes les préparations sacrifiées ? De surcroît on souligne le faible effectif du cursus d’occitan alors même que ces licences seraient à numerus clausus !

On nous avance également l’idée que l’occitan n’est pas professionnalisant. Il nous semble qu’avoir le CAPES donne de fait l’accès à un métier, mais peut-être qu’enseignant, à fortiori d’occitan, n’est plus considéré comme un vrai travail. De même, et c’est vérifiable chiffres à l’appui, les étudiants sortant d’occitan ont bien plus de chances de trouver un emploi que ceux de Lettres Modernes par exemple ; depuis quelques années les métiers où la compétence en langue occitane est requise se multiplient : chargé de mission, documentaliste, médiateur, animateur, journaliste, et bien sûr tous les métiers rattachés de près ou de loin à l’enseignement.

Que dire aussi d’une suppression qui intervient au moment même où la Région Aquitaine, par l’intermédiaire de son assemblée consultative sur la langue occitane, annonce pour la rentrée prochaine la mise en place d’un système de bourses pour les étudiants de licence d’occitan se destinant précisément à l’enseignement ? Et au moment où le nombre de postes de professeur d’occitan sur l’académie est susceptible de monter ?

Aucun des arguments avancés par la faculté n’est pour nous recevable : nous considérons que l’occitan est un bien culturel commun en danger, et qu’à ce titre doit perdurer un enseignement de qualité, fût-ce pour un seul étudiant.

Si nous ne voulons pas d’une suppression, nous ne voulons pas non plus d’un remodelage qui fasse perdre au cursus des heures, déjà rares, d’occitan, transformant celui-ci en coquille vide trompeusement intitulée « licence d’occitan ». Nous voulons une vraie licence, où l’on parvient à un niveau de langue suffisant pour enseigner, tout en ouvrant des perspectives sur les autres débouchés professionnels.

Nous voulons pouvoir transmettre notre langue dans de bonnes conditions. Nous voulons que vive -et non pas survive- notre culture.

Le Bureau de l’Association MED’OC-Bordeaux

(Mouvement des Etudiants d’Occitan)

medocbordeu@gmail.com

06.87.90.90.33

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